Ce livre prend la forme d'un abécédaire dont les vingt-six entrées sont empruntées à l’œuvre d'Arthur Rimbaud. On aurait toutefois tort de s'attendre à un ouvrage théorique et rébarbatif (j'ai toujours eu un peu de mal avec Rimbaud, même si je reconnais volontiers la vertigineuse densité de son œuvre).
La littérature rimbaldienne est ici avant tout un prétexte. Philippe Forest visite ou revisite des motifs qui traversent ses livres précédents, en leur apportant un éclairage un peu différent, inédit. C'est un livre assez étonnant, à la fois intime et universel (ce qui est finalement assez caractéristique de ce que fait Forest dans chacun de ses ouvrages). Il évoque ainsi la mort de sa fille, d'une manière bouleversante, dans les article "Deuil" et "Enfant". Il revient sur sa conception de la littérature, mais il parle aussi de politique, de sexe, du concept de modernité, dans un livre patchwork qui se révèle cependant au fil des pages d'une cohérence étonnante. Quant à Rimbaud, il est toujours présent en filigrane, prétexte à une réflexion plus riche et plus universelle que si le livre s'était présenté comme un essai classique. Philippe Forest n'hésite pas à souligner l'hermétisme de certains textes de celui que Verlaine surnommait "l'homme aux semelles de vent", il ne cherche aucunement à nous accabler d'explications hasardeuses ou tirées par les cheveux. Il lit Rimbaud à l'aune de sa propre subjectivité, nous livrant un peu de lui et en même temps un peu de nous. Il nous donne en quelque sorte un modèle de posture à adopter en tant que lecteur. On referme le livre avec la sensation d'en savoir plus, et pas seulement sur Rimbaud, d'être capable de porter un regard d'une plus grande acuité sur le monde.
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samedi 27 août 2016
samedi 27 juin 2015
Réflexions en vrac sur Hunger Games et Divergente (les livres)
Les sagas post-apocalyptique ont le vent en poupe, d'abord en librairie puis (succès oblige) au cinéma. Deux héroïnes de seize ans, Katniss et Tris, vont prendre conscience des dysfonctionnements qui existent au sein de leur société et décider de prendre les armes pour lutter contre la tyrannie qui les oppresse. De l'adolescence à l'âge adulte, elles apprendront à se trouver une place dans le monde. A travers leur parcours est semée l'idée que l'on peut changer les choses lorsqu'on a suffisamment de volonté et de courage.
Si le concept est séduisant (et en premier lieu parce que ce sont des filles, des ados ordinaires auxquelles les lectrices peuvent s'identifier), il n'en reste pas moins dommage qu'on manque d'informations sur ce qui a fait que le monde en est arrivé là. Bien sûr, au fil des trois tomes, on reconstitue une chronologie des événements, mais si vague et si déconnectée de la contemporanéité de la dystopie qu'on aura du mal à éveiller une quelconque conscience politique chez les jeunes gens qui dévorent ces séries. C'est d'autant plus regrettable qu'il y a une bonne idée derrière chaque récit et un suspense qui fonctionne plutôt bien (même si Divergente souffre de la comparaison avec Hunger Games mais j'y reviendrai).
Les deux auteures ont aussi fait le choix d'un récit en focalisation interne : c'est en effet à travers les yeux de l'héroïne que nous vivons ces aventures, ce qui a ses avantages mais aussi ses limites. Je n'aurais sans doute pas eu le même ressenti sur ces livres si je les avais lus ado, ça m'aurait sans doute moins gêné, mais je trouve qu'on sent trop que le livre s'adresse à un public adolescent : la violence est représentée de manière explicite mais elle est vécue de manière aseptisée. On se dit qu'on devrait être plus bouleversé que ça par ce qu'on lit mais quelque chose ne fonctionne pas, comme si les auteurs n'allaient pas au bout de leur idée initiale. C'est cruel mais pas assez cru. D'ailleurs le visionnage des films ne fait que renforcer cette impression, même s'ils restent dans l'ensemble fidèles aux livres et efficaces.
L'autre écueil de la focalisation interne, ce sont les longs passages s'attardant sur les états d'âme de l'héroïne (amoureuse, cela va sans dire, sinon pourquoi aurait-on envie de continuer à lire son histoire ?). A ce petit jeu, Suzanne Collins s'en sort plutôt bien : elle fait de Katniss une jeune fille pragmatique qui a d'autres priorités comme celle de s'opposer au Président Snow ; de plus, le fait qu'elle ait du mal à démêler les sentiments qu'elle éprouve pour Peeta et pour Gale la préserve (et surtout nous préserve) de longues tergiversations larmoyantes et ennuyeuses. Veronica Roth, quant à elle, se fracasse sur les récifs de la mièvrerie adolescente. Tris n'a d'yeux que pour les tatouages de Quatre et rêve qu'il la prenne sauvagement contre un mur ; ce qui n'arrivera pas bien sûr, les règles de la bienséance l'interdisent. Divergente, c'est un peu Cinquante Nuances de Grey sans les scènes de sexe. J'exagère à peine :
"Les doigts agrippés à son tee-shirt, je lui rends son baiser, avec tant de fougue que c'en est presque douloureux."
"Je me moque qu'il sache que l'intensité de ce que j'éprouve me fait peur."
"Je lui retire son tee-shirt. Mes mains glissent sur sa peau nue comme si c'était la mienne."
"Je caresse son torse. Je m'appuie contre lui et je sens son soupir chanter dans tout mon corps."
"Il s'allonge à côté de moi et je suis des doigts la flamme tatouée sur ses côtes. Il est fort, et souple, et sûr de lui.
Et il est à moi.
Je colle ma bouche sur la sienne."
L'opportunisme en moins, ces extraits ne sont pas sans me rappeler cette pensée profonde d'Anastasia Steele :
"Pourquoi est-ce que je veux passer chaque minute de mon existence avec ce dieu du sexe ? Eh oui, je suis amoureuse de lui, et en plus, il sait piloter un avion."
Le problème de l'histoire d'amour dans Divergente, outre son insupportable niaiserie, c'est le fait qu'elle arrive trop tôt, avec trop d'évidence, et qu'elle est trop lisse. Alors OK, ils se trouvent des points de désaccord et ils font genre "c'est la fin, on ne se comprend plus" *à prononcer avec les yeux embués de larmes* mais on ne croit pas une seconde à la possibilité d'une rupture entre Tris et Quatre. On dirait qu'il faut que les lectrices adolescentes aient absolument leur dose de bluette. Moi j'ai le sentiment que ces tics d'écriture qui versent trop facilement dans les clichés font perdre beaucoup à ces romans. On est dans de la lecture consumériste : on avale les pages parce que le suspense est insoutenable et qu'on n'a pas envie d'attendre. Mais à la fin, qu'est-ce qu'on en retiendra ? Malheureusement, trop peu de choses.
Si le concept est séduisant (et en premier lieu parce que ce sont des filles, des ados ordinaires auxquelles les lectrices peuvent s'identifier), il n'en reste pas moins dommage qu'on manque d'informations sur ce qui a fait que le monde en est arrivé là. Bien sûr, au fil des trois tomes, on reconstitue une chronologie des événements, mais si vague et si déconnectée de la contemporanéité de la dystopie qu'on aura du mal à éveiller une quelconque conscience politique chez les jeunes gens qui dévorent ces séries. C'est d'autant plus regrettable qu'il y a une bonne idée derrière chaque récit et un suspense qui fonctionne plutôt bien (même si Divergente souffre de la comparaison avec Hunger Games mais j'y reviendrai).
Les deux auteures ont aussi fait le choix d'un récit en focalisation interne : c'est en effet à travers les yeux de l'héroïne que nous vivons ces aventures, ce qui a ses avantages mais aussi ses limites. Je n'aurais sans doute pas eu le même ressenti sur ces livres si je les avais lus ado, ça m'aurait sans doute moins gêné, mais je trouve qu'on sent trop que le livre s'adresse à un public adolescent : la violence est représentée de manière explicite mais elle est vécue de manière aseptisée. On se dit qu'on devrait être plus bouleversé que ça par ce qu'on lit mais quelque chose ne fonctionne pas, comme si les auteurs n'allaient pas au bout de leur idée initiale. C'est cruel mais pas assez cru. D'ailleurs le visionnage des films ne fait que renforcer cette impression, même s'ils restent dans l'ensemble fidèles aux livres et efficaces.
L'autre écueil de la focalisation interne, ce sont les longs passages s'attardant sur les états d'âme de l'héroïne (amoureuse, cela va sans dire, sinon pourquoi aurait-on envie de continuer à lire son histoire ?). A ce petit jeu, Suzanne Collins s'en sort plutôt bien : elle fait de Katniss une jeune fille pragmatique qui a d'autres priorités comme celle de s'opposer au Président Snow ; de plus, le fait qu'elle ait du mal à démêler les sentiments qu'elle éprouve pour Peeta et pour Gale la préserve (et surtout nous préserve) de longues tergiversations larmoyantes et ennuyeuses. Veronica Roth, quant à elle, se fracasse sur les récifs de la mièvrerie adolescente. Tris n'a d'yeux que pour les tatouages de Quatre et rêve qu'il la prenne sauvagement contre un mur ; ce qui n'arrivera pas bien sûr, les règles de la bienséance l'interdisent. Divergente, c'est un peu Cinquante Nuances de Grey sans les scènes de sexe. J'exagère à peine :
"Les doigts agrippés à son tee-shirt, je lui rends son baiser, avec tant de fougue que c'en est presque douloureux."
"Je me moque qu'il sache que l'intensité de ce que j'éprouve me fait peur."
"Je lui retire son tee-shirt. Mes mains glissent sur sa peau nue comme si c'était la mienne."
"Je caresse son torse. Je m'appuie contre lui et je sens son soupir chanter dans tout mon corps."
"Il s'allonge à côté de moi et je suis des doigts la flamme tatouée sur ses côtes. Il est fort, et souple, et sûr de lui.
Et il est à moi.
Je colle ma bouche sur la sienne."
L'opportunisme en moins, ces extraits ne sont pas sans me rappeler cette pensée profonde d'Anastasia Steele :
"Pourquoi est-ce que je veux passer chaque minute de mon existence avec ce dieu du sexe ? Eh oui, je suis amoureuse de lui, et en plus, il sait piloter un avion."
Le problème de l'histoire d'amour dans Divergente, outre son insupportable niaiserie, c'est le fait qu'elle arrive trop tôt, avec trop d'évidence, et qu'elle est trop lisse. Alors OK, ils se trouvent des points de désaccord et ils font genre "c'est la fin, on ne se comprend plus" *à prononcer avec les yeux embués de larmes* mais on ne croit pas une seconde à la possibilité d'une rupture entre Tris et Quatre. On dirait qu'il faut que les lectrices adolescentes aient absolument leur dose de bluette. Moi j'ai le sentiment que ces tics d'écriture qui versent trop facilement dans les clichés font perdre beaucoup à ces romans. On est dans de la lecture consumériste : on avale les pages parce que le suspense est insoutenable et qu'on n'a pas envie d'attendre. Mais à la fin, qu'est-ce qu'on en retiendra ? Malheureusement, trop peu de choses.
vendredi 13 février 2015
E. L. James - Cinquante nuances de Grey
Je plaide coupable. A force d'en avoir eu les oreilles rebattues et à l'occasion de la sortie du film, j'ai eu envie de me pencher sur le best-seller SM (euh... on y reviendra) qui fait en ce moment encore tant parler de lui. Je ne m'attendais pas à de la grande littérature, mais au moins à un divertissement émoustillant. Je l'ai terminé ce matin et je me sens salie, comme cette pauvre Anastasia Steele à la fin du roman. Non seulement c'est médiocre en termes d'écriture et d'histoire, mais c'est tout bonnement insupportable. Et malgré tout instructif. Ca nous dit beaucoup de choses, ça m'a donné envie d'en parler. Et quand j'observe que mon dernier article portait sur "Lucy", cela fait naître en moi de sombres réflexions sur le poids de la médiocrité dans notre société molle et abrutie d'absurdités.
Trêve de blablas. Anastasia Steele est une étudiante en littérature de vingt et un ans, fraîche et pure comme la rose à peine éclose (comprenez qu'elle n'a jamais vu le loup), qui rencontre un peu par hasard le beau, riche et ténébreux Christian Grey. Entre les deux, c'est le coup de foudre (ce qui n'empêche pas Anastasia de passer les 3/4 du livre à geindre que son amour n'est pas réciproque, malgré l'évidence et les remarques appuyées des personnages secondaires). Il faut préciser qu'Anastasia a la maturité d'une pré-ado niaise et la libido d'une nymphomane qui s'ignore. Ce mélange détonnant la rend craquante aux yeux de Christian. Mais Christian a un problème. Il a eu une enfance difficile (on apprendra tardivement - attention SPOILER !!! - que sa mère était une pute accro au crack et qu'il a été adopté à l'âge de quatre ans). Le pauvre homme a d'ailleurs de petites cicatrices sur le torse et il ne supporte pas qu'on le touche. Cela plonge Anastasia dans un abîme de réflexions placées sous le signe du dilemme : il est tellement sexy avec son corps de dieu grec mais j'ai tellement peur qu'il me fasse mal mais pourtant je lui fais confiance mais c'est un maniaque du contrôle... ou encore : j'aimerais tellement qu'on aille plus loin, je voudrais le ramener vers la lumière (comprenez : le détourner de son côté sombre, des cravaches et des menottes toussa toussa) mais il ne veut pas s'engager et pourtant il m'a présenté ses parents et je lui ai présenté ma mère mais on n'est pas un couple et puis j'adore quand il me fait mal mais en fait j'aime pas ça parce que c'est mal et puis ça fait mal... et enfin : il m'a offert un Mac, un BlackBerry et une Audi pour que je sois sa soumise mais cela me donne l'impression d'être une pute mais j'accepte quand même parce qu'il insiste mais je fais genre je suis pas d'accord parce que ce n'est pas son argent qui m'intéresse, ce sont ses hanches d'Apollon et les orgasmes à répétition qu'il me procure.
Vous l'aurez compris : Anastasia pense. Mais le plusétonnant insupportable, c'est qu'elle ne pense pas seule. Parce que là où EL James pousse la torture à son paroxysme, ce n'est pas dans la Chambre rouge de la Douleur (je sens que vous êtes déçus). C'est dans la tête d'Anastasia. Le récit est en effet introspectif : on a accès aux pensées de l'héroïne qui dialogue avec sa conscience (qui joue les rabats-joie) et sa déesse intérieure (qui a toujours envie de se faire sauter). Ainsi, Anastasia s'interroge avec beaucoup de profondeur sur ce qui la pousse vers Christian : "Pourquoi est-ce que je veux passer chaque minute de mon existence avec ce dieu du sexe ? Eh oui, je suis amoureuse de lui, et en plus, il sait piloter un avion."
Anastasia accepte d'être harcelée par un mec qu'elle connaît à peine, qui trace son portable, qui fait quatre mille kilomètres dans son jet privé pour venir la voir alors qu'elle est en vacances avec sa mère, qui ne rêve que de lui faire signer un contrat dans lequel elle accepte d'être sa Soumise et d'être punie... juste parce qu'il est TROP SEXY... Voilà de quoi laisser songeuses bien des féministes. L'émancipation de la femme, c'est aujourd'hui has been, aujourd'hui on veut du cuir et des fouets, c'est bien connu.
Mais je vous rassure. Christian n'est pas un vrai méchant, déjà parce qu'il saute Anastasia de façon conventionnelle à chaque fois qu'elle le réclame (c'est le fameux sexe-vanille, le sexe sans fessée) et que de toute façon, c'est toujours le nirvana assuré. Du coup, on ne comprend pas trop pourquoi il revient à la charge avec son contrat. On sent que c'est important pour lui mais en même temps, il semble pouvoir parfaitement s'en passer (d'où le retour de bâton final, suis-je en train de réaliser). Et puis il ne comprend pas : jamais une fille ne lui avait fait cet effet-là, il est sous le charme. Le principal problème de Christian, c'est qu'il n'a aucune vraisemblance. Soit il est ténébreux et sociopathe, soit il est amoureux romantique. Mais il passe sans transition de l'un à l'autre pour les besoins d'une intrigue cousue de fils blancs. Si insupportable soit-elle, Anastasia a un minimum de cohérence psychologique. Ce n'est pas le cas de son Cinquante Nuances (ça c'est du surnom qui cloue le bec) qui souffre d'avoir une psychologie de pré-ado (tiens, lui aussi, on commence à comprendre ce qui attire ces deux-là l'un vers l'autre).
Et les scènes de sexe, me direz-vous ? Pas de quoi casser trois pattes à un canard, ça se veut érotique, c'est sympa une fois mais ça devient vite rédhibitoire. Il y a là encore un problème de construction : on est perpétuellement dans la jouissance exacerbée, toujours à son apogée. Ils se comblent sans cesse mais ne sont pourtant jamais comblés. C'est peut-être là que le livre touche à une vérité essentielle : un monde où les gens sont en quête de jouissance et confondent celle-ci avec le bonheur, plus difficile à atteindre.
(Mince, ça doit être pour ça que c'est une trilogie, ce n'était que le premier temps de la réflexion !).
Trêve de blablas. Anastasia Steele est une étudiante en littérature de vingt et un ans, fraîche et pure comme la rose à peine éclose (comprenez qu'elle n'a jamais vu le loup), qui rencontre un peu par hasard le beau, riche et ténébreux Christian Grey. Entre les deux, c'est le coup de foudre (ce qui n'empêche pas Anastasia de passer les 3/4 du livre à geindre que son amour n'est pas réciproque, malgré l'évidence et les remarques appuyées des personnages secondaires). Il faut préciser qu'Anastasia a la maturité d'une pré-ado niaise et la libido d'une nymphomane qui s'ignore. Ce mélange détonnant la rend craquante aux yeux de Christian. Mais Christian a un problème. Il a eu une enfance difficile (on apprendra tardivement - attention SPOILER !!! - que sa mère était une pute accro au crack et qu'il a été adopté à l'âge de quatre ans). Le pauvre homme a d'ailleurs de petites cicatrices sur le torse et il ne supporte pas qu'on le touche. Cela plonge Anastasia dans un abîme de réflexions placées sous le signe du dilemme : il est tellement sexy avec son corps de dieu grec mais j'ai tellement peur qu'il me fasse mal mais pourtant je lui fais confiance mais c'est un maniaque du contrôle... ou encore : j'aimerais tellement qu'on aille plus loin, je voudrais le ramener vers la lumière (comprenez : le détourner de son côté sombre, des cravaches et des menottes toussa toussa) mais il ne veut pas s'engager et pourtant il m'a présenté ses parents et je lui ai présenté ma mère mais on n'est pas un couple et puis j'adore quand il me fait mal mais en fait j'aime pas ça parce que c'est mal et puis ça fait mal... et enfin : il m'a offert un Mac, un BlackBerry et une Audi pour que je sois sa soumise mais cela me donne l'impression d'être une pute mais j'accepte quand même parce qu'il insiste mais je fais genre je suis pas d'accord parce que ce n'est pas son argent qui m'intéresse, ce sont ses hanches d'Apollon et les orgasmes à répétition qu'il me procure.
Vous l'aurez compris : Anastasia pense. Mais le plus
Anastasia accepte d'être harcelée par un mec qu'elle connaît à peine, qui trace son portable, qui fait quatre mille kilomètres dans son jet privé pour venir la voir alors qu'elle est en vacances avec sa mère, qui ne rêve que de lui faire signer un contrat dans lequel elle accepte d'être sa Soumise et d'être punie... juste parce qu'il est TROP SEXY... Voilà de quoi laisser songeuses bien des féministes. L'émancipation de la femme, c'est aujourd'hui has been, aujourd'hui on veut du cuir et des fouets, c'est bien connu.
Mais je vous rassure. Christian n'est pas un vrai méchant, déjà parce qu'il saute Anastasia de façon conventionnelle à chaque fois qu'elle le réclame (c'est le fameux sexe-vanille, le sexe sans fessée) et que de toute façon, c'est toujours le nirvana assuré. Du coup, on ne comprend pas trop pourquoi il revient à la charge avec son contrat. On sent que c'est important pour lui mais en même temps, il semble pouvoir parfaitement s'en passer (d'où le retour de bâton final, suis-je en train de réaliser). Et puis il ne comprend pas : jamais une fille ne lui avait fait cet effet-là, il est sous le charme. Le principal problème de Christian, c'est qu'il n'a aucune vraisemblance. Soit il est ténébreux et sociopathe, soit il est amoureux romantique. Mais il passe sans transition de l'un à l'autre pour les besoins d'une intrigue cousue de fils blancs. Si insupportable soit-elle, Anastasia a un minimum de cohérence psychologique. Ce n'est pas le cas de son Cinquante Nuances (ça c'est du surnom qui cloue le bec) qui souffre d'avoir une psychologie de pré-ado (tiens, lui aussi, on commence à comprendre ce qui attire ces deux-là l'un vers l'autre).
Et les scènes de sexe, me direz-vous ? Pas de quoi casser trois pattes à un canard, ça se veut érotique, c'est sympa une fois mais ça devient vite rédhibitoire. Il y a là encore un problème de construction : on est perpétuellement dans la jouissance exacerbée, toujours à son apogée. Ils se comblent sans cesse mais ne sont pourtant jamais comblés. C'est peut-être là que le livre touche à une vérité essentielle : un monde où les gens sont en quête de jouissance et confondent celle-ci avec le bonheur, plus difficile à atteindre.
(Mince, ça doit être pour ça que c'est une trilogie, ce n'était que le premier temps de la réflexion !).
jeudi 7 novembre 2013
Grrr
Je ne sais pas ce qui résistera à l'hiver. Je m'aventure sur un drôle de chemin, je n'aime pas toujours ce que j'y rencontre. Les illusions mises à mal, les tâtonnements et les échecs. L'innocence est un vieux jouet cassé que je n'arrive pas à abandonner dans un coin. Je devrais me persuader que je n'en ai plus besoin.
Ça fait mal et ça fait se sentir vivant. Ce sentiment que la vie ne colle pas, que quelque chose cloche. Je le traque pourtant. Mais pas sans relâche car la peur est là. Je suis fatiguée.
Ça fait mal et ça fait se sentir vivant. Ce sentiment que la vie ne colle pas, que quelque chose cloche. Je le traque pourtant. Mais pas sans relâche car la peur est là. Je suis fatiguée.
mardi 5 novembre 2013
Mélancolie
Elle s'est lovée au fond de ma poche comme une boule de poil. Pourquoi devrais-je arrêter de la caresser ? Elle est si douce. Je crois que c'est l'automne qui l'a fait revenir. Ou bien elle n'est jamais partie. De toute façon, elle sait qu'elle est ici chez elle et que je n'aurai pas le cœur à la chasser. Ça doit l'amuser de me faire pleurer, de sentir encore le pouvoir fascinant et douloureux qu'elle exerce sur moi. Je cultive à la perfection l'art du masochisme. A toujours courir après ce qui me manque. A me tenir sur la dernière colline dans la position d'un qui s'en va. C'est à toi que je parle dans la nuit de ma solitude. Mes mots se perdent et c'est pour cela qu'ils sont si beaux. Condamnés à l'oubli avant même d'être proférés. A quoi pourraient servir des mots que tu lirais ?
Je suis sentimentale, c'est trop bête. Tu peux dormir tranquille, tes mots à toi ne sont jamais perdus. Ils hantent ma nuit puisqu'ils parlent de nous. Ils ne peuvent rien dire d'autre. Ils sont tout ce qui reste alors je les chéris. Je croyais que je marchais, mais c'est peut-être juste que je tombe. L'air de rien. On ne vit qu'à travers le regard des autres. Autant de regards que de miroirs mais dans lequel suis-je vraiment moi ? Pas dans le tien en tout cas. Mais encore une fois, je feinte. Je déroule le tapis de ma mélancolie et je m'y vautre en l'habillant de jolis souvenirs. Je jette l'anathème sur des mots que je prends le soin de tisser, comme s'ils allaient me révéler des secrets jusque-là ignorés. Plus j'y pense et plus je suis sûre que je n'ai de certitude sur rien.
Je suis sentimentale, c'est trop bête. Tu peux dormir tranquille, tes mots à toi ne sont jamais perdus. Ils hantent ma nuit puisqu'ils parlent de nous. Ils ne peuvent rien dire d'autre. Ils sont tout ce qui reste alors je les chéris. Je croyais que je marchais, mais c'est peut-être juste que je tombe. L'air de rien. On ne vit qu'à travers le regard des autres. Autant de regards que de miroirs mais dans lequel suis-je vraiment moi ? Pas dans le tien en tout cas. Mais encore une fois, je feinte. Je déroule le tapis de ma mélancolie et je m'y vautre en l'habillant de jolis souvenirs. Je jette l'anathème sur des mots que je prends le soin de tisser, comme s'ils allaient me révéler des secrets jusque-là ignorés. Plus j'y pense et plus je suis sûre que je n'ai de certitude sur rien.
mardi 11 juin 2013
Aucun express
Je ne sais pas pourquoi il y a des moments où tu me manques. Comme des éclats de toi qui font mal, un rendez-vous qui n'aura jamais lieu, une mélodie qui fait remonter les souvenirs et donne envie de pleurer. Je ne sais pas pourquoi c'est aussi fugace et douloureux. Un point de côté tenace, un mal insidieux. Cela fait pourtant un moment que tu n'es plus là et les choses, petit à petit, ont repris leur place. Aujourd'hui, j'ai rangé l'appartement, fait un peu de ménage dans ma tête. Juste un peu. Tu as remarqué, si l'on n'y prend pas garde, qu'il y a toujours une petite place pour le désordre ? Il guette le moindre de nos faux pas et dès qu'il peut, il s'installe. Je travaille à lutter contre. Juste un peu. Pour éviter de me laisser submerger. Je crois que je te pleure parce que maintenant je peux me passer de toi. Je t'avais dit cela, un jour, je me souviens : "Je sais que je m'en remettrai, il le faudra bien, et c'est sans doute ça qui est le plus triste, que je puisse m'en remettre un jour".
Je suis en deuil de moi-même. Je ne sais plus dans quels mots me retrouver, parfois c'est seulement que tout me fait mal. Cette énorme désillusion qui me tombe sur les épaules comme une chape de plomb. Et toi qui n'es déjà plus qu'un pronom porteur d'affects douloureux. Un pronom qui change de substance, non sans peine, tout comme moi d'ailleurs.
J'ai la tête un peu trop pleine de pensées insensées qui m'abîment quand je ne sais plus à quel saint me vouer. Alors je les déverse là. Juste un peu. Le vent les portera.
Il faut que j'arrête d'importuner autrui avec mon mal-être. Il n'est personne pour l'entendre ou si peu. Mes mots sont comme des oiseaux blessés dont on aurait tordu les ailes. Ils essaient quand même de s'envoler, ils me font de la peine.
Je suis en deuil de moi-même. Je ne sais plus dans quels mots me retrouver, parfois c'est seulement que tout me fait mal. Cette énorme désillusion qui me tombe sur les épaules comme une chape de plomb. Et toi qui n'es déjà plus qu'un pronom porteur d'affects douloureux. Un pronom qui change de substance, non sans peine, tout comme moi d'ailleurs.
J'ai la tête un peu trop pleine de pensées insensées qui m'abîment quand je ne sais plus à quel saint me vouer. Alors je les déverse là. Juste un peu. Le vent les portera.
Il faut que j'arrête d'importuner autrui avec mon mal-être. Il n'est personne pour l'entendre ou si peu. Mes mots sont comme des oiseaux blessés dont on aurait tordu les ailes. Ils essaient quand même de s'envoler, ils me font de la peine.
lundi 10 juin 2013
Dégriser
Une longue semaine de vide, un peu à côté de la plaque et du monde qui continue de tourner autour, sans moi. Sensation de déjà-vu : un peu triste, un peu mal ; très triste, très mal. Le gouffre à mes pieds, l'envie de se pencher, tomber. Pas forcément se relever. Une fois à terre, on ne peut pas tomber plus bas. Fluctuer au rythme des marées, quelques trouées de lumière dans le noir. Quelques mots attrapés de ci, de là, comme si on pouvait s'y raccrocher. Mais ça part dans tous les sens, ça s'effiloche et retour à la case départ. Si seulement... S'en aller très loin et ne plus pouvoir, surtout ne plus vouloir revenir. Mes traces de pas s'effacent derrière moi. Petit Poucet deviendra grand, plus besoin de cailloux, plutôt crever que traîner encore le baluchon usé des souvenirs et des larmes. Se traîner, toujours condamné à s'encombrer de soi. Pour rien. Je comprends, je crois, ce que l'on cherche désespérément dans l'amour. Le désir de se perdre dans l'autre, en échange le laisser prendre toute la place, pour s'oublier encore un peu, le temps que ça durera.
mercredi 29 mai 2013
Tunnel
Les journées se suivent et se ressemblent. C'est un océan gris, on le voudrait changeant et scintillant mais les vagues charrient une écume jaunâtre et des algues visqueuses. Une accalmie furtive, un rayon de soleil entre deux nuages, nous donne l'espoir que peut-être, demain sera un plus beau jour. Mais les vagues reviennent, encore et toujours, de plus en plus menaçantes. Elles creusent un sillon inquiétant qui vient se placer entre nous et l'océan. L'horizon devient un peu plus inaccessible et le regard qui se perd au large ne peut plus rêver. Alors on oublie peu à peu les aspirations qui hier encore suffisaient à nous envoler. Au loin se perdaient nos désirs, de là viennent s'échouer nos désillusions. Le frêle esquif n'aura dansé sur les flots qu'un court instant. Il reviendra au port un peu plus déboussolé et n'attendant plus qu'une chose : caresser de nouveau l'abîme qu'il a jadis effleuré.
mardi 21 mai 2013
Spleen
Que restera-t-il quand la pluie aura tout lavé ? Elle me rend dingue à ne jamais s'arrêter. Ça fout dans l'âme un cafard monstre. On est loin des abysses mais quand même, je n'ai plus pied. Je suis en deuil, je crois. Enfin je ne crois plus à grand chose. Tout est gris et sans horizon. Tout est infiniment triste. Sauf moi. Ou bien c'est moi qui ne vois le monde qu'à travers le prisme de cette tristesse qui colle à tout. Qui me colle aux basques comme une vieille copine chiante. J'exsude la tristesse et ça me rend morose. Il manque quelque chose. Je voudrais savoir quoi pour pouvoir m'y accrocher. Peut-être que ça n'existe pas en réalité. C'est bien joli de courir après mais encore faudrait-il être sûr que ça en vaille la peine. Du coup, j'ai arrêté de courir. Mais pourquoi je suis encore si fatiguée ? Pas bouleversée, juste anesthésiée. Ma vie au ralenti, si je pouvais mettre sur pause un peu, le temps de dire au revoir aux souvenirs. Des cartons énormes mais quand je les soulève, je réalise qu'ils sont vides. La vraie vie, ce n'était pas celle d'avant. Trop chérie, trop embellie. Sans le vouloir, perdue. Tant mieux ou tant pis. Il y a des choses que j'aurais crues plus simples, d'autres que j'aurais voulues plus compliquées. Je n'ai rien décidé de toute façon.
"Qui nous a ainsi retournés pour que, quoique nous fassions, nous soyons dans la position d'un qui s'en va ? Comme lui, sur la dernière colline qui fait voir sa vallée tout entière une fois encore, se retourne, s'arrête, tarde, - ainsi nous autres vivons-nous, sans cesser de faire nos adieux."
Elégies de Duino, Rainer Maria Rilke
Tout cela est d'un plombant... ne faisons pas dans la demi-mesure ; badons aussi avec Baden Baden :
"Qui nous a ainsi retournés pour que, quoique nous fassions, nous soyons dans la position d'un qui s'en va ? Comme lui, sur la dernière colline qui fait voir sa vallée tout entière une fois encore, se retourne, s'arrête, tarde, - ainsi nous autres vivons-nous, sans cesser de faire nos adieux."
Elégies de Duino, Rainer Maria Rilke
Tout cela est d'un plombant... ne faisons pas dans la demi-mesure ; badons aussi avec Baden Baden :
lundi 18 février 2013
Philippe Forest - Le chat de Schrödinger
Le dernier roman de Philippe Forest m'a plongée dans un abîme.
C'est un de ces livres rares qui parle de la beauté des choses. La beauté démesurée et la tristesse insondable qui l'accompagne.Il serait quasiment impossible de le résumer et je ne m'y risquerai donc pas. D'autant plus que l'auteur sait le faire bien mieux que moi.
Dans Le chat de Schrödinger, comme dans ses précédents livres d'ailleurs, Philippe Forest mène une réflexion qui entremêle récit autobiographique, essai et roman. Il poursuit son inlassable questionnement sur le réel et les fables. Sur la réalité des fables et l'affabulation du réel, ce qui revient finalement au même. A partir de l'expérience du chat de Schrödinger, il file la métaphore du réel envisagé à travers le prisme de l'infinité des possibles. L’évènement qui est à l'origine des livres de Philippe Forest est la perte de sa fille. Partant de là, toute son oeuvre est hantée par l'expérience de la perte dont ce deuil constitue une allégorie saisissante et universelle. L'enfant éternel est dans l'exacerbation lyrique de la douleur, Toute la nuit s'attache à démentir ce faux-semblant, Sarinagara s'inscrit davantage du côté de la méditation. A partir de cette faille initiale, Philippe Forest s'est lancé dans une entreprise passionnante et décapante : disséquer les représentations qu'on se fait du réel, tâcher de comprendre ce que toutes nos croyances recèlent, expliquer pourquoi nous n'avons accès au réel que par le biais de la fiction (parce que notre pensée est façonnée par la forme des histoires qu'on nous raconte depuis toujours). C'est ce qu'il fait encore dans ce dernier roman.
De façon assez inédite (du moins j'en ai l'impression), il prend pour point de départ une théorie scientifique. Ravalant la science au même rang que les fables, il met en avant la façon dont nous essayons de nous représenter la réalité. Montrant que c'est par le biais d'une expérience de pensée qui se révélera de toute façon non satisfaisante, il en vient à la conclusion que le réel ne prend une forme tangible que dans un ensemble de circonstances précises et que la "réalité" n'y est tangible que dans les limites circonscrites de cette expérience ; ainsi, si l'on modifie quelques données même infimes, la perception que nous avons des choses peut devenir tout à fait différente de ce qu'elle semblait être de prime abord.
Les seules choses qui existent sont celles auxquelles, à un moment ou à un autre, on a décidé de croire.Mais puisqu'une idée induit nécessairement la validité de la thèse inverse, on prend conscience aussi assez vite que lorsque l'on cesse de croire en une chose, elle retourne dans la sphère de l'imaginaire.
Pour que naisse un récit, il faut bien un point de départ. C'est alors que (de façon opportune, c'est aussi à cela que sert le roman) de nulle part, dans l'obscurité, surgit un chat. Le narrateur est le témoin de cette apparition : soudain, "quelque chose se manifeste". Et c'est ce quelque chose surgissant du rien, cet évènement en apparence dérisoire, qui donne sa raison d'être au roman. Il était une fois un chat... une façon comme une autre d'entamer un conte, une histoire, une méditation ; chaque nouvelle idée se nourrissant de la précédente pour démultiplier à l'infini ce drôle d'avatar à peine incarné...
Et si quelque chose surgit, c'est pour combler le vide laissé par quelque chose qui s'en est allé.
Toute nouvelle affection, tout nouvel enfant, tout nouvel amour et, bien sûr, jusqu'aux animaux dont les personnes endeuillées, les amants abandonnés et tous les êtres esseulés font leur compagnon, prenant très précisément la place du mort à vos côtés.Et ce chat banal devient prétexte à explorer de nouveau le sillon du deuil, creusé il y a longtemps, et qu'on pourrait croire poli par le souvenir. Mais le souvenir n'a rien perdu de sa beauté ni de sa douleur. Il irradie encore dans chacune des phrases de Philippe Forest, essentiel et insensé. Intact. Nourrissant encore et toujours des réflexions qui resteront sans réponses, mais par là même nécessaires.
"Dis-moi qui te hante, je te dirai qui tu es..."
Je n'ouvre jamais aucun carton. Si je le faisais, tout ce qu'ils contiennent se mettrait soudain à exister. Mais sous la forme effondrée d'un amas de déchets, pathétique, où je ne retrouverais rien de ce que j’aimais. Sinon la preuve terriblement tangible que tout cela n'est plus. Tandis que tant que les cartons restent fermés, je peux m'en tenir à l'hypothèse délirante qui veut que chacune des boîtes enferme une chose à la fois morte et vivante, une pure poche de possible n'appartenant à aucune époque et à l'intérieur de laquelle se perpétue interminablement non seulement ce qui a été mais ce qui aurait pu être.L'écriture de Philippe Forest a pour particularité de mettre en évidence la réversibilité du réel. Je m'en suis déjà rendu compte en lisant ses livres précédents mais ce mécanisme prend une consistance plus explicite et plus systématique encore à travers la fable de Schrödinger. Il y a une indécidabilité fondamentale des choses et l'on a beau essayer de donner un sens à l'agencement branlant des événements, on ne fait que se voiler la face. Et pourtant comme Sisyphe, même si cela doit durer une éternité, on continue de pousser notre rocher parce qu'un chat est apparu et qu'on a envie de savoir où il va nous entraîner.
Il y a bien des raisons de mourir. Sans doute y en a-t-il autant de vivre. C’est pourquoi les unes et les autres se tiennent plus ou moins enDe manière assez étrange (mais finalement extrêmement cohérente avec l'esprit de ce livre), l'auteur nous confronte à la désespérance profonde : "On perd ce qu'on aime. Et comme une fois ne suffit pas, il faut, tout au long de sa vie, le perdre encore et encore. Puisque la répétition est la seule pédagogie qui vaille. Faisant de l'existence comme une longue et terrible propédeutique au néant." en même temps qu'il laisse ouvert le champ des possibles :
équilibre : on ne vit pas, on ne meurt pas, on se laisse vivre et puis on se laisse mourir. Moi, les quelques fois où j’avais pensé à me tuer, je sais ce qui m’avait conservé vivant, le motif vraiment dérisoire au regard de tout le reste et qui pourtant avait fait que j’étais toujours là : la curiosité, le désir très stupide de savoir ce qui allait suivre, l’avidité de connaître ce que serait le lendemain vide qui m’attendait. La cause la plus insignifiante peut vous pousser au suicide. Mais, inversement, c’est aussi la moins importante qui peut vous sauver la vie.
La sagesse exige que de ce qui n'est pas, il ne soit pas question.Dans ce roman, Philippe Forest nous emmène encore une fois flirter avec le vertige du vide, nous confrontant au néant qui est au fondement de notre existence et dont Shakespeare esquissait déjà les contours :
Pourtant, que chercherait-on sinon ce qui n'est pas, qui vous manque, à la réalité de quoi, sans doute, l'on ne croit pas mais qui demande cependant qu'on lui prête par hypothèse une certaine sorte d'existence ? Ne serait-ce qu'afin d'avancer un peu, et même sans s'imaginer du tout que l'on aille ainsi vers où que ce soit, dans le noir de la nuit.
We are such stuff as dreams are made on, and our little life, is rounded with a sleep.Un livre à lire quand vous êtes en forme (aussi bien intellectuelle que morale) mais à côté duquel il ne faut pas passer.
Pour plus de citations, je vous renvoie à l'article d'Antoine (qui, d'ailleurs, est aussi très intéressant^^).
jeudi 15 novembre 2012
Rencontres
Cela commence par un regard et quelques mots échangés. Vient ensuite la connivence d'un sourire. Le plaisir de la conversation. La découverte de l'autre est comme la lente ascension d'un joli sentier de montagne. Chaque mètre parcouru ressemble à une victoire et l'on se sent fier de la gagner sur soi-même. On se découvre drôle et spirituel dans le regard bienveillant qu'un autre porte sur soi. On se réchauffe à son sourire et en ces mois de disette pré-hivernale, ce n'est pas désagréable. Dans le drôle de miroir qu'est l'autre, ce n'est que moi que je contemple encore. Car il en faut du temps pour se saisir. Et l'on peine d'autant plus à le faire lorsqu'on se heurte à des obstacles divers. Il arrive en effet que le chemin riant se transforme en une roche abrupte et impraticable. Il faut alors laisser l'autre partir, à regret le regarder s'en aller et dévaler la pente, lourd de quelques désillusions supplémentaires.
L'autre n'est finalement que la somme des espoirs que j'ai placés en lui. En tant que tel, il n'a strictement aucun intérêt. En réalité, il est une enveloppe vide interchangeable avec un autre Autre. Je lui donne sa consistance, reflet de mes attentes et de mes envies. A la place de cette coquille dépourvue d'identité, je l'invente conforme à mes désirs, plus beau sans doute qu'il ne sera jamais. C'est à partir du moment où je lui refuse son individualité que je le rends réellement intéressant. J'en fais le plus séduisant des personnages : doté des qualités les plus remarquables, il est celui que je dois fréquenter pour donner une saveur nouvelle à la vie. C'est pour cela que la claque est douloureuse quand il déchoit. Au mépris de mes espérances (mais comment a-t-il pu oser ???), il descend de son piédestal et se vautre dans la piètre fange de sa banalité désenchantée. Je contemple médusée le pâle reflet de celui qui semblait tellement en valoir la peine. Peut-être qu'en l'écrasant de mon idéal, je ne lui ai laissé aucune chance si ce n'est celle qu'il a saisie : me décevoir. Qu'à cela ne tienne, un Autre prendra un jour sa place, qui en vaudra davantage la peine. L'ego est un drôle d'oiseau blessé, fragile et borné. Tantôt complètement à côté de la plaque, tantôt animé d'une soif de vivre àpresque toute épreuve.
N'empêche qu'en attendant, il faut balayer les débris épars de l'espoir et trouver de quoi rafistoler son vieux baluchon de rêves abîmés afin de reprendre la route, qui promet d'être longue encore.
L'autre n'est finalement que la somme des espoirs que j'ai placés en lui. En tant que tel, il n'a strictement aucun intérêt. En réalité, il est une enveloppe vide interchangeable avec un autre Autre. Je lui donne sa consistance, reflet de mes attentes et de mes envies. A la place de cette coquille dépourvue d'identité, je l'invente conforme à mes désirs, plus beau sans doute qu'il ne sera jamais. C'est à partir du moment où je lui refuse son individualité que je le rends réellement intéressant. J'en fais le plus séduisant des personnages : doté des qualités les plus remarquables, il est celui que je dois fréquenter pour donner une saveur nouvelle à la vie. C'est pour cela que la claque est douloureuse quand il déchoit. Au mépris de mes espérances (mais comment a-t-il pu oser ???), il descend de son piédestal et se vautre dans la piètre fange de sa banalité désenchantée. Je contemple médusée le pâle reflet de celui qui semblait tellement en valoir la peine. Peut-être qu'en l'écrasant de mon idéal, je ne lui ai laissé aucune chance si ce n'est celle qu'il a saisie : me décevoir. Qu'à cela ne tienne, un Autre prendra un jour sa place, qui en vaudra davantage la peine. L'ego est un drôle d'oiseau blessé, fragile et borné. Tantôt complètement à côté de la plaque, tantôt animé d'une soif de vivre à
N'empêche qu'en attendant, il faut balayer les débris épars de l'espoir et trouver de quoi rafistoler son vieux baluchon de rêves abîmés afin de reprendre la route, qui promet d'être longue encore.
mardi 6 novembre 2012
C'est quoi le bonheur ?
Je suis dans un état d'esprit étrange en ce moment, qui me fait un peu penser à un article que j'ai écrit il y a longtemps. Il y a des choses qui me tracassent mais j'ai envie de me laisser porter par les vagues de la vie qui depuis quelques mois m'entraînent vers des terres plus verdoyantes. Les vacances et le retour au bercail me font beaucoup de bien. Revoir les gens que j'aime et qui me comprennent, me promener au bord de la mer, arpenter les rues de Nantes pour faire du shopping en chouette compagnie, aller voir de bons films, découvrir de nouvelles séries, écouter Alexis HK, déguster un bon verre de muscat en mangeant du chocolat, grattouiller ma guitare, relire Belle du Seigneur... Que de nourritures spirituelles qui me rassasient suffisamment pour le moment. Je soigne ma soif d'idéal avec de petits bonheurs qui illuminent mon quotidien. J'ai envie de profiter des bonnes choses, d'apprécier de me sentir bien et surtout d'arrêter de me prendre la tête. Je m'en sors plutôt pas mal malgré quelques couacs. Je me rends compte qu'il n'est pas bon de toujours lorgner vers la lune alors je mets mon petit mouchoir sur mes soucis, je constate avec satisfaction qu'ils me plombent moins qu'ils n'ont pu le faire jadis. J'ai encore la vie devant moi et bien des jolis moments à savourer. Le chemin est pavé de désillusions mais il faut les prendre comme des passages obligés, c'est aussi de cette façon qu'on forge et qu'on affine notre perception de l'existence. Donc je continue à réfléchir intensément mais tout en goûtant à 200% les petits plaisirs qui se présentent à moi. Le bonheur, on ne le trouve pas en le plaçant entre les mains des autres qui ont déjà fort à faire avec le leur. On se le construit tout seul et après, c'est tant mieux si on peut le partager. Mais pas question d'assujettir un bien-être hypothétique à des prises de tête interminables. J'en ai terminé avec ça.
Je me sens bien. J'aime cette sensation. Il n'y a plus qu'à espérer que ça dure.
Et puisque je savoure en ce moment avec délice la poésie de l'écriture et la magie des mélodies d'Alexis HK, je termine avec une jolie miette de bonheur à se mettre sous la dent :
Je me sens bien. J'aime cette sensation. Il n'y a plus qu'à espérer que ça dure.
Et puisque je savoure en ce moment avec délice la poésie de l'écriture et la magie des mélodies d'Alexis HK, je termine avec une jolie miette de bonheur à se mettre sous la dent :
mardi 30 octobre 2012
La vie, c'est des montagnes russes
Je crois que je n'ai jamais appréhendé avec autant d'acuité la complexité de la vie. Et ça ne me réjouit pas plus que ça. C'est passionnant, excitant et profondément désespérant. J'ai l'impression d'avoir beaucoup évolué durant ces derniers mois, d'apprendre à vivre davantage au jour le jour, à ne plus me prendre la tête pour des broutilles, à ne plus me laisser écraser par de menues contrariétés. Et pourtant, plus le temps passe, plus j'ai l'impression d'être un personnage de roman. Je ne sais pas si c'est parce que j'en ai lus trop mais je trouve qu'ils rendent sacrément bien compte de l'incomplétude de toutes choses. Je suis le seul personnage auquel j'ai pleinement accès mais comme je vis en interaction avec les autres et qu'ils ont une influence sur moi, je suis en perpétuelle évolution et je n'arrive jamais à me saisir telle que je suis. Je pressens la complexité de mon être sans pour autant réussir à la faire comprendre à autrui. De la même manière que je suis incapable de saisir dans toutes ses subtilités la densité d'un être qui n'est pas moi. Au mieux, je m'identifie à certains de ses comportements, je m'illusionne en me disant que je le comprends parce que dans telle ou telle situation, j'aurais agi comme lui. Et je fais l'erreur de l'appeler mon semblable. Mais l'autre est synonyme d'incomplétude. Il y a toujours une part d'opacité en chacun de nous. On le constate pour soi ; comment pourrait-on douter de son existence chez les autres ? Ce sont nos différences et notre incapacité à nous comprendre qui nous unissent dans la condition humaine.
La vie finira peut-être par avoir raison de mon optimisme. Le souverain bien n'existe pas et sa quête à corps perdu ne peut que me conduire de désillusion en désillusion. Du coup, je me demande d'où vient cette soif de vivre qui m'habite. Je me cogne à longueur de temps contre des murs, je suis comme un train lancé à pleine vitesse et qui s'en grise jusqu'au moment où, sans prévenir, je quitte les rails et me ramasse encore. Ce qui ne tue pas rend plus fort. Certes, admettons. Mais je me sens encore si jeune et si enthousiaste et j'en ai marre que la vie essaie de m'abîmer. Je ne peux pas rester aveuglée par des idéaux impossibles à atteindre et je ne me sens pas pour autant prête à y renoncer. J'aimerais que les autres personnages soient à la hauteur de mes espérances, à la hauteur du potentiel que je crois percevoir en eux. Pourtant, je ne suis pas l'écrivain et je n'ai pas les pleins pouvoirs sur l'histoire. En tant que personnage, je ne peux que poursuivre ma trajectoire et mener ma barque bon gré mal gré. La vie n'est pas un livre, ou bien c'est un roman particulièrement médiocre sur lequel on essaie en vain de plaquer les schémas préétablis qui nous ont bercés depuis l'enfance et qui donnent leur forme à nos histoires. Mélanger le réel et la fiction ne mène à rien de bon et pourtant on est incapables de faire autrement parce qu'on ne nous l'a jamais appris. Nul ne sait de quoi demain sera fait. Plus on court après le bonheur et plus on a l'impression qu'il s'enfuit loin devant. Il faut donc vivre avec l'angoisse terrible de mourir un jour sans avoir été heureux. Carpe diem.
La vie finira peut-être par avoir raison de mon optimisme. Le souverain bien n'existe pas et sa quête à corps perdu ne peut que me conduire de désillusion en désillusion. Du coup, je me demande d'où vient cette soif de vivre qui m'habite. Je me cogne à longueur de temps contre des murs, je suis comme un train lancé à pleine vitesse et qui s'en grise jusqu'au moment où, sans prévenir, je quitte les rails et me ramasse encore. Ce qui ne tue pas rend plus fort. Certes, admettons. Mais je me sens encore si jeune et si enthousiaste et j'en ai marre que la vie essaie de m'abîmer. Je ne peux pas rester aveuglée par des idéaux impossibles à atteindre et je ne me sens pas pour autant prête à y renoncer. J'aimerais que les autres personnages soient à la hauteur de mes espérances, à la hauteur du potentiel que je crois percevoir en eux. Pourtant, je ne suis pas l'écrivain et je n'ai pas les pleins pouvoirs sur l'histoire. En tant que personnage, je ne peux que poursuivre ma trajectoire et mener ma barque bon gré mal gré. La vie n'est pas un livre, ou bien c'est un roman particulièrement médiocre sur lequel on essaie en vain de plaquer les schémas préétablis qui nous ont bercés depuis l'enfance et qui donnent leur forme à nos histoires. Mélanger le réel et la fiction ne mène à rien de bon et pourtant on est incapables de faire autrement parce qu'on ne nous l'a jamais appris. Nul ne sait de quoi demain sera fait. Plus on court après le bonheur et plus on a l'impression qu'il s'enfuit loin devant. Il faut donc vivre avec l'angoisse terrible de mourir un jour sans avoir été heureux. Carpe diem.
lundi 3 septembre 2012
Quand le ciel bas et lourd...
Je n'aime pas les fins. J'ai toujours le sentiment d'avoir perdu quelque chose de précieux, irrémédiablement. Je n'aime pas non plus les débuts. Les errances encore et toujours, qu'il s'agisse du ciel baudelairien qui sévit au fin fond de la Thiérache ou de cette impression que je suis trop grande pour cette vie toute petite, à moins que ce soit le contraire... Je m'attèle à remplir le vide, au jour le jour, et je crois que j'y arrive plutôt bien mais n'est-ce pas une façon de faire illusion ? Et lorsque l'insouciance s'est envolée, par tragédie ou par nécessité, il faut reprendre la route en faisant toujours bonne figure. Sauf que la route est longue, la chaussée déformée, et mon cœur en a assez d'être brinquebalé de gauche à droite. Le Spleen en profite alors pour pointer le bout de son nez. Et seule face à soi-même, c'est toujours plus difficile de trouver un pis-aller. L'esprit vogue alors vers la mélancolie, et j'ai beau ne pas avoir aimé Sur la route de Jack Kerouac, il en subsiste une phrase qui ne veut pas sortir de ma tête.
« Quel est ce sentiment qui vous étreint quand vous quittez des gens en bagnole et que vous les voyez rapetisser dans la plaine jusqu’à, finalement, disparaître ? C’est le monde trop vaste qui nous pèse et c’est l’adieu. Pourtant nous allons tête baissée au-devant d’une nouvelle et folle aventure sous le ciel. »
L'aventure ne s'annonce pas des plus palpitantes, on dirait. Mais puisqu'il faut m'en aller à sa rencontre, je croise très fort les doigts pour qu'elle en vaille la peine.
« Quel est ce sentiment qui vous étreint quand vous quittez des gens en bagnole et que vous les voyez rapetisser dans la plaine jusqu’à, finalement, disparaître ? C’est le monde trop vaste qui nous pèse et c’est l’adieu. Pourtant nous allons tête baissée au-devant d’une nouvelle et folle aventure sous le ciel. »
L'aventure ne s'annonce pas des plus palpitantes, on dirait. Mais puisqu'il faut m'en aller à sa rencontre, je croise très fort les doigts pour qu'elle en vaille la peine.
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